Nous sommes tous biaisés

 

En Juin 2021 s’est déroulée la toute première édition de l’agi’Lille à distance, où j’ai eu la chance d’assister à la conférence de Bertrand Renou intitulée « Nous sommes tous biaisés ».

Dans cette conférence nous avons pu aborder l’impact des biais cognitifs dans nos prises de décisions.

Mais qu’est ce qu’un biais cognitif ?

Un biais cognitif est un raccourci effectué par notre cerveau.

Par exemple, Pierre mange un champignon rouge, puis tombe malade.

Donc si je trouve un champignon rouge, je pense que je vais tomber malade donc je n’en mange pas.

Pourtant, le fait qu’un champignon soit rouge ne veut pas dire que je vais tomber malade en le mangeant.

 

Les biais cognitifs peuvent donc nous induire en erreur et constituent un piège.

Il en existe énormément et certains sont très courants dans le monde professionnel.

Le biais du survivant
Pendant la Seconde Guerre mondiale, suite à un bombardement des lignes allemandes, à peu près 50% des avions britanniques sont abattus en guise de représailles.

Et le reste des avions reviennent plus ou moins endommagés.

Les Anglais décident donc de blinder leurs avions pour limiter les pertes.

Néanmoins, ils ne peuvent pas blinder la totalité de leurs avions car le poids du blindage fait que les avions ne sont plus en capacité de voler.

 

Logiquement, ils décident d’étudier  les zones d’impacts de balles sur les avions rescapés pour renforcer les zones les plus souvent touchées.

Sauf que le statisticien Abraham Wald met en évidence que cette étude ne prend pas en compte les 50% des avions restants, ceux qui ne sont pas revenus. Parce que ce que nous donne comme information ces zones d’impacts de balle, c’est que ce sont les zones où l’avion peut être touché, voire endommagé gravement et rentrer quand même.

 

Il suggère donc de blinder ailleurs qu’au niveau de ces zones, alors que cela paraît contre-intuitif.

Il s’agit ici du biais du survivant : c’est lorsqu’on oublie de prendre en compte ceux qui sont morts (la partie non visible).

Il faut donc tester les choses et ne pas prendre pour acquis ce que l’on nous dit.

Les coûts irrécupérables

Pour comprendre ce biais cognitif, prenons la situation suivante :

Vous avez investi 100M€ dans le développement d’un drone.

Alors que vous êtes à 90% de son développement et qu’il vous faudrait investir encore 1M€ pour terminer, un concurrent entre sur le marché avec un drone plus performant en tout point et avec un prix de vente moins cher que le vôtre.

Est-ce que vous abandonnez le projet ou est-ce que vous investissez les 1M€ restants pour le terminer sachant qu’il a peu de chances de s’imposer sur le marché ?

En général, la majorité des personnes décident de terminer le projet, car ce serait pour eux du gaspillage par rapport aux 100M€ déjà investis.

Prenons maintenant la situation suivante :

Vous voulez vous lancer dans le développement d’un drone mais son développement n’a pas encore commencé.

Vous avez besoin d’investir 1M€ pour le développer.

Un concurrent entre sur le marché avec un drone plus performant en tout point et avec un prix de vente moins cher que celui que vous pouvez vous permettre pour le vôtre.

Même question : Est-ce que vous abandonnez le projet ou est-ce que vous investissez les 1M€ pour le terminer sachant qu’il a peu de chances de s’imposer sur le marché ?

Étonnamment, les mêmes personnes qui avaient décidé d’investir les 1M€ pour terminer le projet dans la situation précédente, décident cette fois de ne pas les investir et de ne pas lancer le projet.

Pourtant, les conséquences de votre décision sont strictement les mêmes dans les 2 cas : soit vous stoppez le projet et vous économisez 1M€, soit vous le continuez et vous risquez de perdre 1M€. 

En fait, dans le premier cas, la décision a été biaisée par ce qu’on appelle les coûts irrécupérables : lorsque l’on considère les coûts déjà engagés dans une décision.

C’est notamment à cause de ce biais que pendant la guerre du Vietnam, certains politiques ont déclaré qu’on ne pouvait pas arrêter la guerre, sinon les morts seraient morts pour rien.

Pour prendre une décision, on doit donc prendre en compte le présent et le futur mais pas le passé.

Il faut considérer qu’à partir du moment où le concurrent est arrivé sur le marché avec un meilleur drone que le vôtre et moins cher, vous avez déjà perdu les 100M€ investis et que vous ne les récupérerez jamais.

Le Biais de confirmation

Commençons par une petite énigme très simple :  la tâche de sélection de Wason

Vous avez 4 cartes ci-dessous :

   Chaque carte possède :

– une face avec un chiffre 

– l’autre face avec une couleur.

Indiquez quelle(s) carte(s) il vous faut retourner pour vérifier l’affirmation suivante (avec un minimum de cartes possible) :

« Si une carte est rouge d’un côté, alors elle porte un nombre impair de l’autre côté ».

 

Ce test a été réalisé par le psychologue Peter Wason en 1966. 

Nombreux sont ceux qui répondent la carte rouge, en effet si un nombre impair se trouve derrière, l’hypothèse est confirmée. 

Au contraire, si un nombre pair s’y trouve cela montre que l’affirmation est fausse.

 

Un grand nombre d’individus pense également qu’il faut retourner la carte 1. 

Pourtant la règle n’affirme pas qu’il y ait forcément du rouge derrière un nombre impair. 

Cela permettrait certes de confirmer la règle si du rouge apparaît, mais n’infirme pas l’hypothèse. 

La carte est donc ici peu pertinente.

 

Enfin, une majorité de personnes estime que retourner la carte 8 est inutile. 

Eh bien détrompez-vous : celle-ci permet de réfuter la règle si du rouge se présente de l’autre côté. 

Les individus s’en détachent car elle ne permet pas de « valider » la règle.

 

 

Ce test illustre ainsi parfaitement le biais de confirmation, les personnes ont tendance à vouloir confirmer une règle plutôt que de la réfuter.

Dans la vie courante cela se montre par le fait que nous allons inconsciemment privilégier tout ce qui va confirmer nos croyances et ignorer, du moins ne pas rechercher, tout ce qui va aller à l’encontre de ces dernières.

 


Voici un dernier exercice pour bien comprendre ce biais.

Je vous défie d’identifier une règle s’appliquant à des triplets de nombres.

Vous savez juste que le triplé { 2 ; 4 ; 6 } respecte la règle qu’il faut deviner.


Quel triplé souhaitez-vous proposer comme hypothèse pour trouver la règle ?

Vous avez probablement choisi le triplé B ou C

Je vous soumets à nouveau des triplés.

 Quel triplé souhaitez-vous proposer comme hypothèse pour trouver la règle ?

Vous avez probablement choisi le triplé D ou E

Enfin, quel triplé souhaitez-vous proposer comme hypothèse pour trouver la règle ?

Vous avez probablement choisi le triplé G ou H

Maintenant que vous avez pris le temps de répondre.

Vous avez probablement choisi :

soit les triplés C, D et G correspondant à l’hypothèse { x ; x+2 ; x+4 } 

soit les triplés B, E et H correspondant à l’hypothèse { x ; y ; x+y } 

Si c’est le cas, malheureusement pour vous , aucune de ces hypothèses ne correspond à la règle.

 

Il s’avère que ce sont les triplés B, C, D, E, G et I qui respectent la règle suivante : 

le triplé doit être une suite croissante.

Le problème c’est que ce biais de confirmation est très ancré dans nos habitudes alors que c’est une source d’erreurs.

Un outil, que nous connaissons probablement tous, et qui permet l’apparition du biais de confirmation est le POC (Proof Of Concept).

Alors comment faire un POC sans biais cognitif ?

  •  être en groupe
  • toujours se demander pourquoi ça ne serait pas une bonne idée ?
  • exprimer les désaccords
  • discutez explicitement des désaccords
  • émettez des critères explicites

Pour finir

Il existe énormément d’autres biais cognitifs que nous pouvons rencontrer dans la vie professionnelle et qui nous induisent en erreur et c’est pourquoi il est important de les connaître.

Il existe des exercices en ligne pour s’entraîner comme les vidéos de la tronche en biais

Vous pouvez vous entraîner à les détecter en écoutant les gens discuter autour de vous.

On peut également utiliser les biais à notre avantage pour influencer des décisions. 

Toutefois, ce genre de pratiques est recommandé à des fins honnêtes.

Il existe de très bons ouvrages à ce sujet, notamment le “Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens” et le “Prince” de Machiavel.

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